« Il est des choses qu'il vaut mieux entreprendre que refuser, quand bien même la fin risque d'être sombre. »
J. R. R. Tolkien
Insomnia
Heart frail as matches - Little Match Girl
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Heart frail as matches - Little Match Girl
Mer 26 Juil - 19:19
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Feu follet
Feu follet

Little Match Girl*




Informations *

Groupe — Créations
Oeuvre originale — La Petite Fille aux Allumettes de Hans C. Andersen
Date de mort — 1845
Date d'arrivée — il y a 3 ans
Métier — Sans Job Fixe : il vivote de petits boulots, jongle entre la vente ambulante, la livraison...
Avatar — Simone by Alex Zappa







Physique *

Des vêtements trop grands, trop amples flottent autour de la silhouette en ailes courtes, couleur d'automne un peu fané – des rouilles passés à défaut de pourpres royaumes, de l'ocre poussiéreux faute d'ors à arborer, des gris cendre plus que perle. L'errant en aime les couleurs. À choisir, il pencherait pour des étoffes douces, des flanelles ou des cotons légers, l'occasionnelle écharpe épaisse en laine pour les temps frais. L'été le voit changer pour des plumages plus légers, des tissus qui virevoltent et, le plus souvent, laissent entrevoir sous leurs superpositions des pans de jambes et de bras blancs. Quelle que soit la tenue, cependant, le damoiseau promène dans une poche une poignée d'allumettes, quelques briquets empruntés et jamais abdiqués.

Sous les coupes intemporelles et modestes, celui qui fut la Fille aux Allumettes se dévoile rarement. Il faut se contenter de la grâce parfois improbable avec laquelle il se meut, la démarche encore parfois mal assurée de se trouver si masculin et le pas sûr à force d'arpenter rues et toits en un équilibre fragile et délicat. Réflexes de plus en plus lointains de jeune fille et gestes nouveaux d'adolescent se fondent en maniérisme androgyne parfois maladroit.

Androgyne, le jeune homme en a des airs. Noyé dans ses vêtements vastes comme des voiles, il n'en semble que plus fin, encore bien sous la moyenne de taille malgré tous les efforts tant de sa transformation en garçon et d'un pic tardif de croissance. De sa silhouette élancée, le regard remarquera peut-être les membres déliés, les mains fines aux doigts occasionnellement maculés de suie ou encore la finesse de la taille. Ambivalent également, le visage se peint en traits harmonieux, lumineux autant que mobiles dans leurs expressions. Chaque sentiment s'y déploie ouvertement, lisible dans les traits élégants des sourcils et des lèvres pleines, reflété dans les iris où, tour à tour, toutes les nuances du ciel passent en bleus et en gris à la clarté éclatante.

Fleuron de son être, le damoiseau aime sa chevelure. La longueur de soie filée aux nuances de miel et de soleil cascade jusqu'au creux de ses reins en ondulations aux reflets riches d'aube naissante. Autour de ses tempes, tresses et chignons lâches se font tiares et couronnes éphémères – des franges de feu clair contre une peau de neige.




Mental *

Il ne vous donnera pas son nom, parce qu'il ne sait pas s'il a jamais eu un autre nom que "Petite Fille aux Allumettes", ce qui semble tellement absurde maintenant qu'il n'est vraiment petit et plus du tout une fille. Il ne dit pas où il habite – où il n'habite pas, techniquement – pour ne pas inquiéter. Il ne parle pas beaucoup des questions de fond, le jeune homme. Alors il ne vous confiera ni son nom ni ses peurs mais, en l'écoutant, il vous dira qu'il aime les flammes et les étoiles, le miel et les amandes, les lucioles aussi.

Enfant des rues depuis trop longtemps, il en porte dans son attitude les stigmates. La discrétion qui a causé sa perte dans son conte d'origine s'attache à ses pas en un halo effacé, mélange sage de timidité et d'habitude à la solitude. Le blondinet, il a l'habitude d'être un spectre qu'on passe sans le voir – un reflet déjà estompé dans les yeux des passants, un souvenir mourant de sa mère pour son père. L'ombre d'une flamme éphémère. Et parce que les proches de son conte passent et trépassent, le jeune homme finit par ne compter que sur lui, débrouillard perpétuellement de passage dans les vies et les quartiers.

L'errant, il aime comme les flammes de ses allumettes : avec toute l'intensité un peu fragile de son être, avec un désintérêt lumineux... et auréolé de la sensation diffuse que rien de cela ne durera. Les gens se lassent ; les amours s'éteignent, de leur plein gré ou contre leur volonté. Alors lui aime de tout son coeur du même or que sa chevelure : un peu timidement mais sincèrement, chaleureusement. L'errant, il aime indistinctement et les puissants et les négligés, et les glorieux et les oubliés, avec une persistance douce et lente, un rien innocente.

Alors oui, il ne vous dira pas son nom – parce que la Petite Fille aux Allumettes, elle a grandi. Il n'est plus petit ; il n'est plus fille. La seule mort qui lui soit restée, c'est celle de son enfance délaissée dans son conte d'origine : ne reste qu'un jeune adulte maladroit, rêveur à ses heures perdues, rieur quand la vie lui sourit, et de plus en plus conscient que rien ne dure, surtout pas les bonheurs couleur de flammes.










Histoire *

"Mon cher Père, mon cher auteur,

Je ne vous connais pas. Je n'ai eu de père que celui que vous m'avez donné, celui que vous m'avez écrit – car il parait que je vous dois mon existence. Quelle idée étrange, créer quelqu'un, écrire quelqu'un. J'aurais juré être une personne comme une autre, avant d"arriver ici. Mais me voilà en cette ville, et plus rien n'est sûr. Suis-je moins réelle parce que vous m'avez écrite ? Suis-je moins réel parce que mes souvenirs ne concordent pas avec ce corps que j'habite ?
Pardon. Mais je vais tenter de parler de moi au masculin, puisque je suis, semble-t-il, un garçon.

Je ne vous connais pas. J'ai trouvé votre nom par hasard. Je ne sais pas à quoi vous ressemblez. Je ne sais pas quel genre de créateur vous êtes. Est-ce par cruauté que vous avez écrit ma mort ? Le père qui me battait dans mes souvenirs est-il un reflet de celui que vous êtes ? Ou y a-t-il une morale dans mon histoire, un avertissement pour éviter à d'autres le tombeau de neige qui a été le mien ? Je ne sais pas. Mais qui que vous soyez, je vous aime comme j'ai aimé le père que vous m'avez donné, avec ses rares qualités et ses innombrables défauts : absurdement. Comme, on m'a dit, seuls aiment les enfants.

Nous connaissons tous deux mon histoire. Ou est-ce notre histoire, à ce stade ? Les mots changent mais l'idée reste la même : il était une fois une belle nuit de veille du Nouvel An, pleine d'étoiles, de flocons de neige et de la lueur vacillante d'allumettes craquées au creux des bras d'une statue.

Il parait que ce n'était qu'un conte, mais tout m'a semblé si réel. Je me souviens de chaque détail. Je me souviens du sourire de ma mère, du temps où elle était en vie. Je me souviens des rires des enfants avec lesquels je jouais, des sourires de grand-mère, qui déclinait l'amour en mots doux, en biscuits et en taquineries. Je me souviens de l'odeur de charbon et de soupe à l'oignon de notre maisonnette, et de la façon dont le parfum de poussière a gagné du terrain quand maman est morte et qu'elle a emmené avec elle le coeur de papa. C'est dangereux, d'aimer : certains perdent la tête, d'autres y perdent le coeur.

Vous n'avez pas écrit dans votre récit la façon dont grand-mère s'est accrochée à la vie – pour moi, je crois. Vous n'avez jamais dit comme elle a tenu tête et à papa et à la Mort. Ça faisait beaucoup de fronts sur lesquelles lutter, pour une si petite dame, toute tassée et pliée par l'âge. Y'en a qui portent des cicatrices, elle, elle a porté des rides de plus en plus creusées. Puis un jour, toutes les plissures de son front se sont lissées. Elle avait l'air en paix, grand-mère, quand elle est partie, alors je me suis dit qu'elle partait forcément pour un monde meilleur. Le prêtre me l'a juré, lui aussi, qu'elle serait heureuse au Ciel, et j'ai levé les yeux vers les étoiles en espérant deviner laquelle elle était devenue. Il parait que certains enfants ont peur du noir. J'avais douze ans, quand elle est partie, et je n'ai jamais craint la nuit. Je savais trouver dans les étoiles un écho de sa lumière et de sa douceur.

Ce sont les jours des années suivantes qui ont été plus durs à vivre. Mon père – l'autre, celui que vous m'avez donné – a perdu pied. C'est comme ça, la pauvreté : on s'y noie jusqu'à ce qu'il ne reste de vous que le meilleur ou que votre noirceur. Et sa noirceur à lui, il l'a étalée sur moi en bleus si sombres qu'on aurait pu en faire du charbon, en tâches d'indigo que le ciel nocturne m'aurait enviée. Vous savez ce qui a fait mal, Créateur ? Plus que la faim, plus que le froid, j'ai eu mal de la solitude terrible que laissent les êtres aimés quand ils périssent ou qu'ils pourrissent.

J'étais seule depuis longtemps, cette nuit de veille du Nouvel An. Seule sous les étoiles et les flocons. La neige crissait sous mes pieds, le vent s'engouffrait dans mes haillons. J'aurais pu être un fantôme. Les gens dans les rues ne me voyaient pas plus qu'un spectre. Mais les spectres n'ont pas faim, n'ont pas froid. Est-ce que tu as écrit la difficulté que j'ai eu à craquer cette première allumette, à force de doigts gourds et de sensations perdues ? Tu aurais dû. Ou peut-être pas. Moi, je ne veux garder de ce geste que la magie de la flamme – fragile dans la bise, belle comme un rêve.
Puis elle s'est éteinte, et il n'est resté que le fantôme de sa chaleur au tout bout de mes doigts. La seconde a brûlé jusqu'à n'être plus qu'un souvenir au parfum chaleureux et aux arômes de dinde aux pommes et aux épices. La suivante a ajouté à ma tristesse des rires d'enfants au pied de sapins. Et les dernières... Je ne veux pas parler des dernières.

Les mots changent peut-être, mais la fin reste la même : il n'y a pas de prince, au bout de la route, pas de marraine fée, pas de cheval blanc sinon ceux que la neige crée en mirages, avec des crinières comme les flammes que j'ai aimées. Il n'y a personne qui vienne pour moi. Il n'y a pas de "ils vécurent heureux et eurent plein d'enfants". Et ce n'est pas grave. Je ne voulais pas d'enfants. Surtout pas pour les lâcher dans le monde sous le gel et le givre, dans la misère.

De toute façon, je n'en aurais plus. Pas avec le corps de garçon dans lequel je me suis réveillée. Enfin, réveillé. Les vieilles dames du quartier m'avaient prévenu que l'adolescence changeait beaucoup de choses, mais pas à ce point. D'accord, j'admets : c'est une mauvaise plaisanterie. Mais elle me rassure. Parce que j'ai un peu peur. Le monde est étrange. Les rues sont nouvelles et les voitures qui les parcourent aussi. Les lumières des réverbères concurrencent celle des étoiles. Même mon corps est nouveau. Cette découverte a été tellement embarrassante ! J'ai cru que je ne m'y ferais jamais.  

Je n'ai qu'une requête, si je venais à vous croiser. Tous ici portent des noms. Le mien semble être un mot perpétuellement sur le bout de ma langue. Si nous nous rencontrons, il faudra que vous m'en donniez un.

J'ai un aveu aussi. Mon Père, mon auteur... Je n'ai rien appris de ma propre mort. En même temps, je ne suis pas resté mort longtemps. Je n'arrive pas à prendre mes repères dans cette ville. Je n'arrive pas à prendre mes repères dans ce corps. Il n'y a que les rues, les toits et les étoiles qui me parlent. Alors, puisqu'il parait que l'argent ne fait pas le bonheur, je vais vivre à la rue comme d'autre vivent dans leurs palais.

Pardon.

Du fond du coeur,

La Petite Fille aux Allumettes"



La lettre n'a pas d'adresse. Il n'en a pas trouvé, quelques années plus tôt, quand il l'a envoyée. Sans doute erre-t-elle dans les étagères du centre postal, si elle n'a pas été jetée. Au fond ce n'est pas grave : le gamin de l'époque ne cherchait qu'un lien à son monde tourné avec la dernière page de son conte. Il n'attendait pas de réponse.
Trois ans plus tard, peu a changé : un peu plus habitué au monde et à son corps changé de croissance, le blondinet reste à la rue comme en un royaume au toit d'étoiles. Eternel errant, il court de petit travail en abri précaire, sans parvenir à assez s'en inquiéter pour cesser. Irréductible éphémère.






IRL *

Coucouuu~
J'ai vu de la lumière du coup me voici <3 Enfin... Quelqu'un qui se reconnaîtra très bien m'a montré la lumière et je ne regrette rien~
J'espère que vous apprécierez la lecture.






Stars in my eyes ; soot on my fingers.
Mer 26 Juil - 19:21
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Emploi : Botaniste - dessinateur de yaoï.
JE NE MANGE PAS DE GRAÎNES !
JE NE MANGE PAS DE GRAÎNES !
*eteint la lumière* Oops :huhu: ?
Bien sûr qu'on apprécie la lecture enfin, t'as vu comment tu écris :whut: ?
*fais des gros gros câlins*  :lemmehug:

BIENVENUE OFFICIELLEMENT Á TOI ami homonyme mais on va rien dire :huhu:
Je ne te souhaite pas courage pour la fiche puisqu'elle est déjà complète et DAMN ça envoie du pâté :sempai:

En tout cas si tu as des questions, tu sais où trouver le staff :loveu:
Mer 26 Juil - 19:49
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The cursed one
The cursed one

Et c'est la validation !

Bienvenue !
J'avais oublié à quel point tu écrivais bien...à quel point c'était beau et doux, je pensais justement à ce personne l'autre jour, vague souvenir d'en avoir lu un comte imagé quand j'étais enfant et je me disais qu'elle serait adorable à Insomnia, je ne me suis pas trompé ! En tout cas j'adore ton style, j'adore ta douceur et ce caractère presque mélancolique, plein de tristesse et pourtant si pur >w< elle est adorable, je suis certain que nous pourrions trouver un terrain d'entente, entre personne vivant dans la rue depuis toujours rejeté par les Hommes ♥ En tout cas, bienvenu parmi nous, amuse toi bien à Insomnia ! En espérant que la chaleur de notre communauté réchauffe tes petits doigts gelés.

Maintenant que tu as rempli la tâche qu'était de remplir ta fiche, je t'invite à aller remplir de quoi finaliser ton inscription.

Pour recenser ton avatar, c'est par ici ♥. Pour que ton personnage ait un lieu de travail, je te conseille également de te rendre pour remplir un formulaire et obtenir un logement. De même si tu veux un joli rang sous ton pseudo, tu peux venir en réclamer un à CET ENDROIT. Et le plus important, n'oublie pas de recenser ton métier PAR ICI ! Et pour finir, venez recenser d'où vient votre personnage ICI ♥ !








Mer 26 Juil - 19:53
Invité
Invité
Je vais peut-être répéter les choses mais j'ai trouvé ce personnage extrêmement touchant... Beaucoup de tendresse dans cette création assez atypique... Je dis bravo <3
Mer 26 Juil - 19:56
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Feu follet
Feu follet
Ohlala, vous êtes adorables <3 Merci beaucoup de votre accueil et de ces compliments, ils font chaud au coeur ~


Stars in my eyes ; soot on my fingers.
Mer 26 Juil - 20:38
Invité
Invité
Je vais répéter ce que tout le monde dit mais... wow ?? Je m'attendais pas à voir ce personnage débarquer sur le fo', et en réalité c'est juste parfait ? Tellement touchant, et ton écriture est tellement belle et douce ça correspond trop bien... Sans compter que l'histoire sous forme de lettre je?? mon coeur ?? Voilà. Et puis bienvenue ♥︎
Mer 26 Juil - 21:45
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Feu follet
Feu follet
Merci beaucoup <3 Vous allez me faire rougir, à force >///<


Stars in my eyes ; soot on my fingers.
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