« Il est des choses qu'il vaut mieux entreprendre que refuser, quand bien même la fin risque d'être sombre. »
J. R. R. Tolkien
Insomnia
Un jour, on est venus au monde // Depuis, on attend que le monde vienne à nous
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Un jour, on est venus au monde // Depuis, on attend que le monde vienne à nous
Jeu 12 Juil - 20:43
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Emploi : Croupier

HERMÈS
Omega

3000 avant J-C
Il y a huit ans
Croupier à l'Emerald Palace
Moyen
Pouvoir : peut influencer en sa faveur les probabilités (à très petite échelle, jeux de cartes ou de hasard)
Dazai Osamu from Bungou Stray Dogs

Poulpe de bientôt 17 ans, future Terminale L spé Maths. 8'D Stalkeuse RP, rageuse chronique et adepte de jeux de mots foireux. Prêtresse du JeanxMarco parce que ce ship est la douceur incarnée.

Histoire
Bruit des os qui se cassent.
Cris de certains joueurs qui s'enfuient, effrayés, ou d'autres, qui encouragent mon agresseur.
Voix angoissée du directeur du casino, qui essaye de raisonner le joueur dépité, mais qui conserve tout de même une certaine distance. Courageux mais pas téméraire. Je comprends.
Grognement de douleur. Un seul, le mien, lorsque sa godasse cirée cogne brutalement mon sternum. Aïe.

Il me donne encore un ou deux coups de pied, avant d'être empoigné par deux agents de sécurité, qui le mettent à la porte. Je gis encore au sol, le nez en sang et le souffle court, lorsque je l'entends gueuler à pleine voix : « Lâchez-moi ! Je vais lui faire la peau, à ce croupier de malheur ! Il triche ! Il avantage les autres joueurs ! Je ne sais pas comment, mais il triche ! »

Je souris. Un peu, pas trop parce que ça fait mal. Il m'a bien amoché, le con. Et en plus, il ne raconte que des inepties… Jamais je n'ai avantagé le jeune homme à sa droite en lui offrant des mains de cartes plus intéressantes… J'ai fait ça, moi ? Nooooonnn….

Je me relève, et m'époussette, comme si j'étais simplement tombé. Comme s'il ne s'était rien passé. Comme si mon nez ne déversait pas une rivière de sang sur mon costume noir et rouge. Comme si je n'avais pas l'impression d'avoir un essaim d'abeilles coincé entre les deux oreilles. Comme si chacune de mes respirations ne provoquait pas un élancement dans ma poitrine. Comme si. Certains construisent leurs discours avec des mais, d'autres avec si… Moi, je vis en pensant
comme si. Comme si tout allait bien. Comme si je n'avais pas peur. Comme si je n'avais besoin de personne. Comme si je n'avais jamais été un dieu.

Parce que oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, j'ai été un dieu, autrefois. Pas un dieu très puissant, ni un dieu très craint ou même très renommé, non. Mais un dieu tout de même. Hermès, vous connaissez ? Non ? Bon, c'est pas grave, je ne suis pas susceptible. Je vous raconte ?


Il y a longtemps, très longtemps en arrière, dans une région perdue de la Grèce, l'Arcadie, se trouvait un mont, le mont Cyllène. En ce mont, il y avait une caverne, et dans cette caverne, il y eut une femme et son enfant. L'enfant, c'est moi. La femme, c'est ma mère. Maïa. C'est une Pléiade, une des sept filles du géant Atlas. Ouais, celui-là même qui porte le monde sur ses épaules. Plutôt classe, non ?
Ma mère est brune, avec des belles boucles joyeuses qui tombent sur ses épaules. Elle a un rire discret, et une façon de battre des cils quand elle me regarde… Je crois que c'est la deuxième plus belle femme que j'ai rencontré, après… Elle. Mais nous n'en sommes pas encore là.
Ma mère s'était donc réfugiée dans cette caverne, perdue au sud de l'Arcadie, pour accoucher en secret, loin du regard jaloux d'Héra, la femme et sœur de mon père. Mon père, c'est Zeus. Il est puissant, respecté, un peu soupe-au-lait et très, très, très volage. Pour sa défense, la plupart des dieux le sont, même s'il lui arrivait franchement d'exagérer.

Ma mère avait donc accouché de moi seule, dans le secret. Lorsque je fus né, elle fit ce que l'on faisait avec tous les nouveaux-nés : elle m'emmaillota dans des linges -qui sentaient comme elle, un mélange d'épices et de fleurs- et elle me trouva une nourrice pour s'occuper de moi. Son dévolu se jeta sur une Nymphe, très belle, mais décidément assez peu attentive. Mauvais choix de nourrice donc, surtout pour la garde d'un enfant aussi… turbulent que moi. Sans vouloir me vanter, je crois que je suis peut-être le seul nourrisson à avoir su parler et marcher clairement dès le jour de sa naissance, et je suis sûr d'être le seul à avoir profité de ces capacités aussi rapidement.

En effet, je n'attendis même pas que mon premier jour sur Terre soit terminé pour entamer ce que certains appellent mes “frasques”, et ce que j'appelle personnellement “exploits”. Je sortis de la caverne, profitant de l'inattention de la Nymphe, et je partis à l'aventure. Je me souviens très bien de cette journée. Le chants des oiseaux, la douceur de l'herbe sous mes pieds, le vent frais qui effleure ma peau comme la caresse légère d'une femme aimante… Mes pas joyeux et incertains de bambin m'emmenèrent plus loin que je ne le pensai, et j'arrivai finalement en Thessalie, dans une verte prairie. Là-bas, j'aperçus un troupeau magnifique, constitué d'une douzaine de vaches et d'une centaine de génisses blanches, splendides, aux cornes dorées. Elles étaient l'incarnation la plus pure de la beauté maternelle : des flancs rebondis, une robe immaculée, un regard doux et puissant.
Je m'approchai, curieux, de ces vaches. Je les caressai longuement. Je regardai leur manière de brouter, tranquillement, alors que personne ne semblait les surveiller.
J'appris de la bouche d'une bergère qui gardait ses chèvres dans le champ d'à-côté que le gardien de ce troupeau n'était autre qu'Apollon, mon grand demi-frère. Lorsque je lui demandai où il se trouvait, son regard se voila, et c'est d'une voix enrouée qu'elle m'appris qu'il était probablement en train de conter fleurette à « je ne sais quelle catin, ou peut-être à son nouvel ami, Hyménaios… mais ça ne me fait rien, il peut bien faire ce qu'il veut, je m'en fiche. »

Aaah, Apollon… Je ne le connaissais pas encore, et pourtant je me riais déjà de lui, tout en lui dérobant son troupeau. Comment ça, moi, un voleur ? Non, je ne dirais pas cela… Plutôt un donneur de leçon opportuniste : après tout, il n'avait qu'à garder ses bêtes s'il y tenait tant, plutôt qu'aller séduire à droite à gauche, non ?
Je me mis donc en marche, entraînant à ma suite la centaine de magnifiques bêtes. Du haut de mes un jour, j'étais déjà malin, et j'eus l'idée de faire marcher le troupeau à reculons, et d'effacer mes propres traces à l'aide de feuilles pour ne pas que l'on puisse me suivre. J'emmenai donc ses bêtes avec moi, et je ne m'arrêtai que lorsque je fus assez loin de lui. Je me trouvai alors au pied du mont Pylos, dans les tréfonds du Péloponnèse. Je fis halte, et pendant que les bêtes paissaient tranquillement, j'en tuai deux, que je coupai en douze morceaux, afin d'offrir un sacrifice à mon père et aux autres dieux et d'ainsi m'assurer de leur soutien. C'est voulant faire cuire cette viande -je ne pouvais tout de même pas faire sacrifice de viande crue !- que je fis ma première invention : le feu issu de la friction entre deux pierres était né. Par la suite, on m'a souvent associé à Hestia, la déesse du foyer, pour me remercier de ce cadeau aux hommes.

Une fois ceci effectué, je rebroussai chemin, laissant les bovins dans la vallée, absolument sûr qu'Apollon ne viendrait jamais les chercher là. Alors que je n'étais plus très loin de la caverne, j'aperçus un étrange animal. Je m'approchai, et ce que je vis me fascina. Je regardai donc pendant une bonne heure cet animal verdâtre, pataud, doté d'une étrange protection dorsale… J'appris plus tard qu'il s'agissait d'une tortue. En l'observant de plus près, une idée germa dans mon jeune esprit et je n'hésitai pas un instant à tuer cette innocente créature. Une fois que j'eus récupéré sa carapace, je lui ajoutai deux bâtons courbés et quelques boyaux des vaches que j'avais précédemment tuées. Je venais de créer la lyre, la première lyre. Satisfait de mon ouvrage, je l'emmenai dans ma caverne et m'endormis, bercé par les mélodies que je me jouais.

Le lendemain, je fus tiré de mon sommeil par un échange entre ma mère et d'autres voix, que je ne connaissais pas. Je sortis alors de mon berceau et, caché derrière une anfractuosité de la roche, je vis des satires, créatures mi-hommes mi-bêtes, questionner ma mère, pointant du doigt les cornes d'or que j'avais ramassées sur les deux carcasses sacrifiées et que j'avais ramenées. Au bout d'un moment, ils m'aperçurent et, sans même me parler, ils repartirent aussi rapidement qu'ils étaient venus. Je haussai alors les épaules, et j'allai me rendormir dans les jupes de ma mère.

Ils revinrent bien assez vite avec Apollon, qui m'invectiva vertement, sincèrement persuadé que j'étais responsable du vol de son troupeau. C'était la première fois que je voyais mon demi-frère, et l'impression que j'eus ce jour-là est celle que j'ai toujours eu de lui par la suite. Il était fort beau, avec son visage fin et ses boucles blondes ; il avait également l'air très arrogant, avec son menton relevé et sa manière précieuse de bouger ses mains ; mais surtout, il me faisait beaucoup rire, à se prendre pour le roi, ou plutôt à jouer à se prendre pour le roi, puisque j'appris par la suite qu'il n'était pas si prétentieux que ça… non non, je vous assure !

Enfin, toujours est-il que, ce jour-là, malgré l'hilarité qu'il provoquait chez moi, il était passablement énervé. Il m'accusa donc devant ma mère, qui lui répliqua calmement qu'un « aussi jeune enfant n'avait pas pu commettre un tel crime, enfin ! », ce que je m'empressai d'approuver, un immense sourire plaqué sur le visage. Le grand frère ne fut pas dupe, et malgré les protestations de ma mère, il exigea de m'emmener devant Zeus, notre père, pour régler le litige. J'acceptai de le suivre sans trop de protestations : j'avais hâte de rencontrer mon père, et quitter la Terre pour l'Olympe me paraissait un voyage incroyable à faire. En réalité, ce fut très rapide : en un battement de cils, nous avions quitté l'Arcadie, et nous nous retrouvions devant notre père, dieu des dieux, maître incontesté sur l'Olympe comme sur Terre. Mon frère, rouge de colère, m'accusa en face de lui, et lui demanda d'être juge de notre différend. J'avouai assez rapidement le vol, trop intéressé par  l'observation du décor pour mentir à mon frère. Et puis, honnêtement, à part pour le faire enrager, ce vol ne me servait strictement à rien.
Notre père me réprimanda, bien sûr, pour la forme, mais ni moi ni Apollon n'étions dupes ; dans son regard brillait un éclat de malice, et malgré ce qu'il en disait, il était fier de son petit dernier. Il m'ordonna de rendre le troupeau à mon frère, et ajouta qu'en échange, il m'offrait déjà mon titre de dieu. Je serai donc le dieu des voleurs et des menteurs, ainsi que... le gardien des bergers et de leurs troupeaux. Avant de nous quitter, Zeus précisa en riant qu'il valait mieux que l'on confie la garde des bêtes à un voleur, plutôt qu'il ne les dérobe lui-même.

Dieu des voleurs, des menteurs… cela me plaisait terriblement. Et pourtant, j'avais bien vu la moue de dédain qui était passée sur le visage de mon frère, lorsque notre père avait annoncé mon titre… A croire que personne ne voulait ce rôle sur l'Olympe, alors que c'est, et de loin, l'un des plus plaisants.

Toujours est-il que j'avais promis de rendre son troupeau à Apollon. Nous étions donc retournés sur Terre, et, alors que nous nous mettions en route pour le mont Pylos, je me mis à jouer de la lyre, que j'avais jugé bon d'emmener avec moi pour me distraire un peu. Durant tout notre trajet, Apollon conserva le silence, mais je voyais bien qu'il était intrigué, si ce n'est fasciné, par mon instrument. Je ne m'arrêtai pas de jouer pour autant, et je fis comme si de rien n'était jusqu'à ce que je le mène à son troupeau. Je m'apprêtai à repartir, lorsque mon frère m'interpella, et me proposa un marché : il me laissait le troupeau, et en échange, je lui offrais ma lyre. Je fis mine d'hésiter, histoire de le faire mariner un peu, avant d'accepter. Nous scellâmes notre marché sur une poignée de main : notre entente qui devait durer des siècles et des siècles, était née. Soudain, mû par je ne sais quelle envie de l'émerveiller, je m'approchai d'un haie de roseaux. J'en arrachai un, que je perçai de plusieurs trous ; je venais de créer la flûte, et je me mis à jouer un nouvel air.

Comme je l'escomptai, mon frère fut de nouveau charmé par cette mélodie nouvelle ; il me demanda de la lui donner, en échange de sa houlette de berger, qui lui permet de faire paître son troupeau. Cette fois-ci, je refusai ; après à peine deux jours de vie, j'avais déjà compris les bases du commerce. « Je veux que tu me transmettes ton don de prédiction », réclamai-je. « Impossible ! Même si je le voulais, je ne pourrais pas te le transmettre ! », me répondit-il, déçu. Tant pis. Je lui donnai tout de même la flûte, avec en échange la houlette et l'autorisation d'aller apprendre son don de prédiction auprès de celles qui lui avaient donné : les Thriae, femmes-abeilles vivant dans le temple de Delphes.

Je fis mes adieux à ma mère, et je partis dès le lendemain pour Delphes. Je n'y appris pas le don de prédiction, malheureusement ; mais c'est là-bas que mon éducation fut parfaite.
Lorsque Zeus m’enjoignit de quitter ma retraite, j'étais devenu un jeune homme accompli, prêt à assumer parfaitement ma fonction divine. D'ailleurs, lorsque j'arrivai sur l'Olympe pour répondre à l'appel de mon père, celui-ci me couvrit de compliments : j'étais intelligent, éloquent, ingénieux, insaisissable. Il ne me l'a jamais dit explicitement, mais je pense que j'étais son fils auquel il s'identifiait le plus ; nous avons d'ailleurs toujours gardé une grande connivence, et j'ai toujours apprécié le sentiment d'avoir quelque chose en plus que mes frères et sœurs aux yeux de mon père. Ce jour-là, il me nomma messager des dieux : je ne serai pas doté du don de prédiction, mais je me chargerai de transmettre sa parole aux mortels. C'est également moi à qui fut incomber le rôle d'accompagner les défunts aux Enfers, royaume de mon oncle Hadès.

Pour officialiser mon rôle, mon père m'offrit des présents qui restèrent à jamais dans ma panoplie : c'est lui qui m'offrit le caducée, branche d'olivier ornée de deux serpents face-à-face. Capable de guérir des morsures de serpents, ce bâton représentait l'équilibre entre l'Olympe et les Enfers dont j'étais responsable. Il m'offrit également mon chapeau rond, orné de deux ailes blanches, et surtout, mes sandales ailées, qui me permirent de me déplacer partout sur Terre et dans les cieux à une vitesse incomparable. J'étais paré pour assumer mes fonctions, et je fis le serment à mon père de me  montrer digne de sa confiance.

Je n'ai, je crois, jamais failli à ce serment. Exécutant avec zèle mon rôle de passeur du monde des vivants au monde des morts, portant à la vitesse du vent les messages que l'on m'enjoignait de transmettre, tout en prenant garde de ne jamais prendre parti… C'est moi qui ait conduit auprès de Pâris ma belle-mère Héra et mes sœurs Aphrodite et Athéna, afin qu'il désigne laquelle d'entre elles trois était la plus belle. Son choix déclencha la tragique guerre de Troie, mais je n'y étais pour rien ! Il n'avait qu'à mieux choisir, après tout. En parlant de la guerre de Troie, c'est également moi qui vint en aide à plusieurs reprises à Ulysse, lorsqu'il quitta Troie et qu'il s'égara pendant dix ans en mer.

Je devins également le comparse de mon père, l'accompagnant presque toujours dans ses frasques infidèles, en m'assurant qu'Héra ne pourrait rien faire pour s'acharner sur les maîtresses de mon père ou sur ses nombreux enfants illégitimes. A ses côtés, je pris l'apparence de Sosie, serviteur d’Amphitryon dont il usurpa l'identité, afin de séduire la belle et fidèle Alcmène. Il m'appela également lorsqu'il tomba amoureux de Io, une prêtresse d'Héra. Malheureusement, cette dernière découvrit leur relation et transforma Io en une génisse, dont elle confia la garde à Argos, le géant aux cent yeux. Je me présentai donc à l'entrée de sa caverne, et, pendant des heures durant, je lui racontai des histoires incroyables et sans fin, pour qu'il finisse finalement par s'endormir complètement. Je vérifiai que ses cent yeux étaient bien fermés puis, d'un geste sûr et rapide, je lui tranchai la gorge et je libérai Io.

Je fus l'un des dieux les plus proches des mortels : dieu des voyageurs, je leur offrais ma protection et je m'assurais de les guider à bon port ; dieux des marchands, je leur appris à vendre au meilleur prix leur marchandise, et à ne pas se faire avoir ; dieu des voleurs et des menteurs, j'appris aux hommes l'art de la manipulation et de la discrétion. Mais je leur offris aussi ma passion pour les arts et la musique, avec le don des instruments que j'inventai ; je fus aussi le dieu vénéré par certains athlètes, puisque je fus également l'inventeur  de la course à pied.

Ah, oui, je vécus des jours heureux en tant que dieu. Jamais je n'ai failli à ma tâche, sans toutefois oublier de jouer des tours de temps en temps, aux mortels comme aux immortels ; insaisissable, imprévisible, j'étais à la fois apprécié et redouté par ma famille divine. Qu'est-ce-qui se cachait derrière ce sourire, et d'où allait venir le prochain coup ?

Je volai, par exemple, le sceptre de mon père ; le trident de mon oncle, Poséidon ; les tenailles d'Héphaïstos, et même, la ceinture magique d'Aphrodite, qui faisait éprouver un désir profond à quiconque posait les yeux sur elle… Elle n'eut guère besoin de cela pour me charmer, cela dit. Un jour, Héphaïstos, le dieu forgeron, certes travailleur et doué, mais aussi boiteux et assez laid, découvrit que sa femme, Aphrodite, le trompait avec Arès (un secret de polichinelle, en vérité, mais passons). Grâce à une ruse, il emprisonna les deux amants dans un filet de bronze alors qu'ils s'adonnaient à leurs ébats habituels. Héphaïstos fit alors venir toute l'Olympe pour les humilier et officialiser son adultère. Alors que j'aurais dû rire d'elle, je ne pouvais cacher ma fascination pour Aphrodite… Qu'elle était belle, dans sa nudité, ses joues rosies par la honte et le plaisir, ses cheveux décoiffés par l'effort… C'est alors que, mi-taquin, mi-sérieux, je déclarai à la ronde que j'aurais apprécié prendre la place d'Arès, dûssé-je porter trois fois plus de chaînes.

Elle m'entendit et, alors qu'elle s'apprêtait à fuir l'Olympe pour quelques temps, elle vint me trouver, et s'offrit à moi une nuit entière. Ce fut la plus belle nuit de toute ma vie. De notre étreinte naquit notre enfant parfaitement imparfait, Hermaphrodite. Ni homme ni femme, puisqu'il était les deux à la fois, mais créature parfaite à mes yeux, puisque né de ma nuit avec la plus belle femme qui soit.

Oh, certes, par le passé j'avais déjà connu bien des amours, féminins comme masculins, mais jamais je n'avais éprouvé une telle… fascination. Le simple fait de poser les yeux sur Elle m'emplissait d'une plénitude incommensurable, et il me semblait que jamais personne ne pourrait rivaliser avec cette déesse.

Comment je suis mort ? Oh, c'est si simple… Au bout d'un moment, les mortels ont arrêté de croire en nous, les dieux qui les avions protégés pendant tant d'années… Ils ont arrêté de croire en nous, et ce qui se passe lorsqu'on arrête de croire en vous est assez prévisible : vous commencez vous-même à douter de votre existence, et, petit à petit, vous disparaissez…. Enfin, j'imagine que c'est ainsi que cela s'est passé.
J'ai disparu, et un beau jour, il y a huit ans, je me suis réveillé à Insomnia, en plein milieu d'un immense endroit qu'on appelle « supermarché ». Au rayon « couches et matériel de puériculture », si vous voulez tout savoir. Et oui, j'étais nu, comme un nourrisson justement. J'avoue que je fus assez déstabilisé en arrivant dans cette ville…  folle. Folle de par les conflits qui l'agitent, de par les gens qui l'habitent, mais aussi et surtout de par sa simple existence. Les dieux et démons de toutes les religions, les auteurs célèbres, les personnages de fiction, les grands pontes de la musique, tous se retrouvent ici, sans explication ni mode d'emploi. Et tout ce beau monde dans un corps masculin… A défaut d'être dérangeant, ce fut assez perturbant les premiers jours.

J'ai erré quelques temps, à la recherche des miens, sans jamais trouver personne qui put me renseigner. Peut-être se cachent-ils, ou peut-être ne sont-ils pas là, tout simplement… Mon père me manque terriblement ; mon père, mon héros, cet homme qui n'avait peur de rien, et qui m'a toujours prouvé son affection sans limite. Mon père, pour qui j'aurais tout fait sans réfléchir, n'est pas ici. Apollon, mon frère chéri, celui avec qui je partageais tant et qui était pourtant si différent de moi, n'est pas ici non plus. Pareil constat pour tous les autres : Aphrodite, mes oncles, mes frères et sœurs, mes enfants…
J'ai sillonné la ville, j'ai demandé à tous les coins de rue… Personne. Alors, j'ai jeté l'éponge, et je me suis repris en main. Je n'avais plus mes pouvoirs ? Tant pis, il me restait ma gouaille et mon don pour l'embrouil.. le commerce, voyons, le commerce. J'ai successivement été agent immobilier, concessionnaire automobile, vendeur d'assurances… J'ai été licencié à chaque fois pour détournement de fonds, abus de confiance... J'ai évité de peu les procès  -ayant eu le bon goût de toujours agir sous un faux nom-, et j'ai finalement terminé ici, croupier à l'Emerald Palace, casino réputé pour sa cliente haut de gamme et son système de sécurité, réputé inviolable…. Mais aucun coffre n'est inviolable pour le dieu des voleurs, et, lorsque je quitterai cet emploi sous-payé, je compte bien faire un petit détour par la chambre forte…

Bien sûr, comme tout le monde, j'ai entendu parler, et j'ai même vécu les affrontements entre Elohim, l'ancien maire, et Devil, son successeur controversé. J'ai entendu parler des clans qui se son formés, suite à ce coup d'état : l'Ordre et Irae, qui soutiennent respectivement l'ancien et le nouveau maire. Personnellement, je n'ai pris parti pour aucun de ces deux camps, préférant continuer ma vie comme si de rien n'était… Je ne sais pas combien de temps il me reste avant de faire un choix, mais j'essaye de repousser ce moment le plus loin possible. J'ai toujours rendu service aux dieux sans jamais être leur serviteur, et j'ai bien peur de le devenir si jamais je m'engageais auprès d'un de ces deux groupes.
Caractère
Qualités
  • • Rusé
  • • Joueur
  • • Persuasif
  • • Pratique l'auto-dérision
  • • Cherche toujours à plaire, et est prêt à tout pour cela
  • • (Hyper)actif
  • • Aimable
  • • Peu rancunier
  • Défauts
  • • Manipulateur
  • • Inconscient
  • • Nonchalant
  • • Ne soucie pas du tout de sa vie et se met en danger inutilement
  • • Est en dépression, mais fait comme s'il l'ignorait
  • • Arnaqueur
  • • Voleur (voire un peu klepto sur les bords)
  • • Nostalgique

  • Comme si tout allait bien. Comme si je n'avais pas peur. Comme si je n'avais besoin de personne. Comme si je n'avais jamais été un dieu. Comme si...

    Ouais. La liste est assez longue, quand on y pense. Je me relève donc, et j'indique, avec la voix la plus professionnelle possible, que les joueurs de ma table qui sont restés durant l'esclandre peuvent se rasseoir.

    « Quelqu'un va me remplacer, et vous allez pouvoir reprendre la partie. Veuillez nous excuser pour ce désagrément. Bonne soirée messieurs, et surtout… bonne chance. » Je conclus ma phrase par un sourire -ce que je regrette immédiatement, mon visage tuméfié ne me le permettant pas vraiment- et je quitte la pièce, sous les regards intrigués de la plupart des clients, et sentant les yeux suspicieux de mon patron s’appesantir sur mes épaules.

    Une fois arrivé dans les toilettes du personnel, je me passe le visage sous l'eau. Longuement.
    Lorsque je rouvre les yeux, je vois l'eau teintée de rouge s'évader du lavabo. Il m'a vraiment pas raté. Bordel. Je vais pas être présentable de la semaine…

    Je relève le regard vers le miroir, appréhendant ce que je vais y voir. Ça a beau faire huit ans que je suis ici, je ne suis toujours pas habitué à ce corps. Ce n'est pas qu'il me déplaît, non, mais… Mon ancien corps me manque tout de même, et toutes les capacités qui allaient avec. La rapidité, la discrétion, la capacité de me changer tour à tour en vieillard et en bambin, imitant à la perfection n'importe quel mortel…

    Quelques gouttes glissent paresseusement le long de mes mèches foncées, presque brunes. D'autres dévalent joyeusement le long de mon nez en trompette, ou épousent la courbure de mon menton ovale. Mes lèvres fines s'étirent en un sourire triste, mais mes yeux marrons me fixent sans faire aucune concession. Ils savent qui je suis, et constatent avec déplaisir ce que je suis en train de devenir. Bordel, si même mes yeux se mettent à me juger, je suis mal barré.

    Je mets une dernière fois mes mains en coupe, et je m'arrose de nouveau le visage. Puis, je regarde mes mains, seule partie de mon corps que j'ai parfaitement assimilée. Mains blanches, aux longs doigts fins et agiles. Des mains de pianiste, diraient certains ; des mains de prestidigitateur dirais-je. Des doigts capables de manier les cartes avec facilité et grâce, capable de distribuer les jetons de casino comme d'escamoter quelques portefeuilles ou quelques petits objets, comme ça, comme par magie… Ces mains sont toutes ma fierté, toute mon essence.

    Le reste de mon corps est assez encombrant, notez bien. Un immense squelette, tout en os et en angles, absolument pas souple et assez facilement marqué par les coups ou le soleil, voilà de quoi j'ai écopé en arrivant ici. Mais bon, je ne me plains pas ; j'ai gardé mon corps jeune et glabre, comme lorsque j'étais une divinité. Au moins, je ne connaîtrai pas les affres de la vieillesse éternelle.

    Oui, éternelle, car, s'il y a bien une chose qui n'a pas changé lorsque je suis arrivé ici, c'est mon immortalité. Si certains nouveaux semblent perturbés par cela, ça n'est pas mon cas, y étant habitué dans ma dernière incarnation, même s'il ce n'est qu'à mon arrivée ici que cela m'a posé problème… Ma vie ici, bien que j'essaye de me convaincre qu'elle peut m'apporter des choses, m'ennuie profondément. J'ai perdu tous ceux que j'aimais ; mes pouvoirs ont, pour la plupart, disparus, et je me retrouve obligé de… travailler ?! pour subsister, pour survivre dans un monde qui me semble fade.
    Alors, j'essaye de passer le temps… Je travaille le soir et la nuit, et je dors le matin et en début d'après-midi. Je me balade à pied, en moto (superbe invention moderne, qui ne remplace pas tout à fait mes sandales, mais soit), je traîne dans des bars dans lesquels je m'oublie, entre l'alcool et les cigarettes, où je dérobe portefeuilles et jolis sourires… Car oui, j'ai conservé ce côté charmeur, voleur, joueur, même si le cœur n'y est plus. Je souris et je batifole, mais sans jamais donner suite. Je ne donne pas mon nom, seulement mon corps ; je ne laisse rien derrière moi, car la dernière chose dont j'ai envie, c'est qu'ils se rendent compte que ce n'est pas d'eux dont j'ai envie. Dans chacune de mes conquêtes, je cherche à retrouver un père, ou un frère, ou une incroyable amante… Ce n'est pas eux que je vois, et j'en suis désolé. Je suis désolé de ne pas pouvoir les voir, je suis désolé de ne pas pouvoir voir autre chose que mon passé. Moi qui ai toujours voulu que les gens m'aiment, qui ai toujours désiré compter pour eux, je n'arrive même plus à les aimer ou à les faire compter pour moi… Que suis-je devenu ?

    Je coupe le robinet, je passe mes mains fraîches sur mon visage, et je chasse ces sombres pensées. Mon service s'est terminé plus tôt que prévu, avec cette vague histoire de tricherie. Je regarde l'heure sur mon téléphone (encore une invention géniale, mais qui m'aurait aisément remplacé dans ma précédente incarnation) : 02:49. Parfait, l'heure de prendre sa moto et d'aller chercher un bar encore ouvert, et qui sait, peut-être d'y faire une rencontre pour la nuit ?




    Jeu 12 Juil - 20:50
    avatar
    Emploi : Enquêteur de police
    Indépendants
    Indépendants
    Coucou beau gosse :seven2:

    Je te souhaite la bienvenue avant que tu remettes ta fiche 8)))
    Jeu 12 Juil - 20:58
    avatar
    The Guardian
    The Guardian
    Welcomeeeeeeeeeeeee


    PrésentationRelationsRépertoireTimeline

    STAMPS:
     

    BANNIÈRES:
     
    Jeu 12 Juil - 21:00
    avatar
    Emploi : Croupier
    Merci à tous les deux <3
    J'ai hâte de RP avec vous :cate:


    Jeu 12 Juil - 21:17
    avatar
    Emploi : Balayeur au théâtre
    Dessine moi un mouton !
    Dessine moi un mouton !
    Oh god ton avatar est sublime, ta fiche est loooooongue :nomad:
    MEME TA SIGNA A LA PLACE GWDHOUWDh :whut:

    Bienvenue officiellement par ici, t'es beau :cate:




    Jeu 12 Juil - 21:54
    avatar
    Plus noirs sont les ténèbres, plus éclatante est la lumière.
    Plus noirs sont les ténèbres, plus éclatante est la lumière.
    Bienvenue officiellement sur le forum Hermès ! :hey:

    Ta fiche est super longue, je prendrais le temps de la lire plus tard. :3

    Au plaisir de te croiser en rp. :zen7:
    Jeu 12 Juil - 22:24
    avatar
    Emploi : Responsable de l'environnement
    Dieu sauvage
    Dieu sauvage
    BIENVENUE FRANGIN !!!!!!!!!
    J'aime ta fiche ! :3 Et j'ai trop hâte de RP avec toi !!
    :kiss:
    Jeu 12 Juil - 22:54
    avatar
    Arsenic Lapin
    Arsenic Lapin
    Bienvenuuue !
    Super fiche, j'aime beaucoup !

    En tant que plus grand des voleurs (:huhu:), je te volerais un rp avec plaisir cher Hermès (;

    PS: DAZAI EN VAVA JE DIS OUI :plz:


    Jeu 12 Juil - 23:12
    avatar
    Emploi : Fantôme à plein temps.
    THE CROWN OF INSOMNIA — THE TELLING ONE
    THE CROWN OF INSOMNIA — THE TELLING ONE

    bravo tu es validé !


    Comment Zeus il prend cher dans cette fiche /PAN
    Dis-donc, Hermès à eu une sacré vie bien remplie ! Entre le fait d'être pris pour un voleur et puis la rencontre avec le frère (vivement un Apollon ici, ça va être fun) et puis un enfant, UN ENFANT ! Rahlala ! La fiche était très plaisante à lire, tu as un super style et c'est surtout très complet. On a sa vie sur Insomia, ce qu'il a fait à son arrivée, toute sa vie d'avant très très bien décrite et avec quelques petits détails (la description de la branche par exemple) tout à fait plaisant à la lecture :huhu:
    Même ton pouvoir est tout à fait possible puisque carrément dans les règles !
    Aller, je ne t'embêtes pas plus longtemps et te laisse avec les petits liens pour terminer ton inscription, bienvenue officiellement à toi sur Insomnia, amuses toi bien !

    Maintenant que tu as rempli la tâche qu'était de remplir ta fiche, je t'invite à aller remplir de quoi finaliser ton inscription.Pour recenser ton avatar, c'est par ici. Pour que ton personnage ait un lieu de travail, je te conseille également de te rendre pour remplir un formulaire et obtenir un logement. De même si tu veux un joli rang sous ton pseudo, tu peux venir en réclamer un à cet endroit. Et le plus important, n'oublie pas de recenser ton métier ! Et pour finir, venez recenser d'où vient ton personnage' ♥️ !





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